ANNULATION

du spectacle Harold et Maude

prévu du 27 septembre au 21 octobre 2018 au Théâtre de l'Epée de Bois - Cartoucherie

Nous avons le regret de vous annoncer que les représentations d'Harold et Maude programmées du 27 sept. au 21 oct. au Théâtre de l'Epée de Bois - Cartoucherie ont été annulées par décision unilatérale du Théâtre de l'Epée de Bois.

L'équipe du spectacle vient d’écrire une lettre ouverte aux spectateurs publiée ci-dessous.

D'autre part, Iris Aguettant, directrice artistique, publie ci-après une mise au point apportant quelques précisions sur la situation du Théâtre de l'Arc en Ciel et son identité.

Paris, le 28 septembre 2018

CHERS SPECTATEURS,

LES REPRÉSENTATIONS D’HAROLD ET MAUDE ONT ÉTÉ ANNULÉES
à 10 jours de la première.

La billetterie était ouverte, nombre de places déjà pré-vendues.

Des professeurs avaient programmé leur sortie avec les élèves.

Des jeunes étudiants avaient déjà tracté dans de nombreux lieux.

Une critique de A nous Paris était sous presse.

L’adaptateur avait réservé sa place.

Une dizaine de programmateurs s’apprêtait à venir pour donner peut-être une perspective de vie à ce spectacle.

Les affiches du métro allaient être posées.

 

Impossible pour les comédiens de justifier une telle situation auprès de leur entourage :

les représentations de Harold et Maude ont été annulées.

NOUS AIMERIONS COMME VOUS, CHERS SPECTATEURS, EN CONNAÎTRE LES RAISONS.

Quelqu’un de « haut placé » aurait fortement conseillé à la direction du théâtre de déprogrammer le spectacle, aucun renseignement supplémentaire ne nous a été donné. Et nous payons le prix de ce silence très cher : en travail, en argent et en réputation.

 

N’avons-nous pas le droit de savoir ce que l’on nous reproche et qui prétend justifier un tel acte ? Le métier de comédien est un métier difficile, souvent précaire.

Cette décision arbitraire renvoie à la précarité de ce métier et touche à sa dignité.

 

Nous savons que les membres du Théâtre de l’Arc en Ciel subissent depuis de longues années des attaques de tous ordres ayant trait à leur histoire, à leur organisation et à leur choix de vie. Mais ces attaques ne concernent que quelques personnes sur une équipe qui en compte une quinzaine. Nous venons d’horizons différents et cette différence de choix de vie ou de convictions participe à la richesse de nos échanges et de nos créations.

Comment des choix spirituels ou même politiques peuvent-ils être des raisons de « censure » dans un état de droit et de tolérance comme le nôtre ?

Comment est-il possible d’annuler une programmation à 10 jours de ses représentations alors qu’aucune faute ni empêchement professionnel ne le justifie ?

Nous avons déjà joué 4 semaines au Théâtre de l’Epée de Bois en mars 2018 sans rencontrer aucun problème d’aucune sorte, bien au contraire, nous avons été chaudement accueillis par le théâtre et applaudis par le public.

 

Comment dans ce haut-lieu de la Cartoucherie, qui représente une liberté de ton, une ouverture sur le monde, une qualité d’accueil des artistes et des spectateurs, est-il possible de vivre une telle contradiction ?

 

Nous regrettons de n’avoir aucune réponse à vous apporter.

L’équipe artistique d’Harold et Maude

 

 

Quelques précisions sur le Théâtre de l'Arc en Ciel

 

Le Théâtre de l’arc en Ciel vient de subir une injustice qui atteint non seulement ses membres mais aussi les comédiens, techniciens, communiquants engagés dans « Harold et Maude » et plus largement tous les spectateurs qui s’apprêtaient à venir voir la pièce au Théâtre de l’Épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes. Sans que nous puissions connaître ni l'origine exacte ni le motif d'une telle rupture de contrat quelques jours avant la première (la billetterie était déjà ouverte) la direction du théâtre nous a annoncé sa décision sans appel (20 représentations annulées). Dans le même temps nous apprenons qu’elle a reçu la visite d’une journaliste d’investigation de Radio-France, qui prépare une émission à charge.

Ce n’est pas la première fois que notre travail est entravé, mais si jusque là nous avons choisi de ne pas répondre pour éviter toute polémique, nous voilà aujourd’hui contraints de réagir.

 

La petite mise au point qui suit, sous forme de questions-réponses, nous a semblé la meilleure manière d’éclairer les choses à chaud, (pour ne pas dire brûlant), sans trop s’appesantir dans des circonvolutions fastidieuses.

 

Le Théâtre de l’Arc en Ciel cache une secte ?

Un petit détour par l’histoire s’impose….. Dans les années 70, des comédiens et danseurs, des étudiants, hommes et femmes … ont  initié à l’invitation d’Olivier Fenoy, alors jeune comédien, une démarche artistique et culturelle originale. Portés par des convictions intimes et spirituelles, ils ont retouché à la dimension essentiellement communautaire de l’acte théâtral.

Ils créent une association l’Office Culturel de Cluny et suscitent rapidement chez d’autres le désir de creuser cette même démarche dans leur propre domaine (ainsi sont nés un atelier d’architecture, un lieu d’accueil pour des personnes fragiles, un café-théâtre …. la plupart sont toujours en activité et sont autonomes).

 

Et alors ?

Alors ? certains ont choisi de mettre en commun leurs talents, leur travail, leurs convictions dans l’intérêt du bien commun.

 

Était-ce bien nécessaire d’aller jusque là ?

Oui, c’est ce que nous avons choisi, pour que ça dure.

Ce qui était vrai à l’époque l’est encore plus aujourd’hui. Un certain éclatement des structures traditionnelles ouvre le champ à des formes nouvelles d’engagement à même l’opératif.

 

C’est-à-dire ?

C’est peut-être là qu’on touche à l’essentiel. Ils recherchaient (et bien sûr encore aujourd’hui) une cohérence entre leurs aspirations profondes et leur travail, une non-dualité, une façon qu’on pourrait dire « personnaliste » de mettre en œuvre leur métier.

Ce qui explique entre autre que le champ d’action s’est ouvert au-delà du domaine spécifiquement artistique .

 

Un prosélytisme déguisé en somme ?

Tout acte artistique et partant toute création repose sur une vision du monde, même informulée. Dans ce domaine la neutralité n’existe pas. Et il est bon qu’il en soit ainsi.

La question est plutôt de savoir à quel bien nous travaillons, et quel monde nous construisons.

 

Alors où est le problème ?

Certains ont quitté l’aventure et ont demandé à l’Office Culturel de Cluny, aujourd’hui en liquidation judiciaire (et qui n’avait plus d’activité depuis près de 20 ans) des dédommagements pour les années passées et le travail accompli. Un procès a eu lieu et en décembre 2017, la Justice a tranché en partie en leur faveur. Et pourtant la polémique continue et les accusations de dérives sectaires réapparaissent régulièrement.

Le pouvoir

Tout groupe humain s’attelant au risque de vivre et travailler ensemble se heurte à la question du pouvoir. Les expériences passées, parfois douloureuses, nous en donnent une conscience aiguë. Nous n’avons pas fini de chercher cet équilibre fragile et passionnant, qui respecte et fait grandir le « je » et le « nous ». Les aventures de troupe dans l’histoire du théâtre nous en donnent de nombreux témoignages.

 

Des affaires de mœurs

Des conduites inappropriées ont été reprochées à Olivier Fenoy et ont été mises au jour dans le cadre du procès. Nous ne les cachons pas. Non seulement nous ne les cachons pas mais nous les condamnons lorsque qu’il s’agit de relation non-consenties. Il est important cependant de dire que toutes les personnes concernées n’étaient pas des enfants. Suite à ces témoignages, Olivier Fenoy a définitivement démissionné de sa charge de chef de troupe en février 2018 et a quitté la compagnie.

 

Les artistes qui participent aux spectacles du Théâtre de l’Arc en Ciel doivent-ils vivre avec nous ? sont-ils nécessairement croyants ?

Les comédiens, metteurs en scène, techniciens, costumiers, décorateurs, communicants avec lesquels nous travaillons sont des professionnels intermittents du spectacle, (comme certains d’entre nous) ils ont leurs convictions et leur vie propre. Ils choisissent librement de rejoindre la création des spectacles. Là est leur seul engagement et à ce titre il est plénier.

 

Sont-ils payés ?

Bien sûr. Nous travaillons, nous créons, nous prenons parfois des risques financiers ensemble, comme dans nombre de compagnies professionnelles. Nous faisons « troupe » pour le temps de la création.

 

Et qu’en est-il des personnes qui se forment  au Théâtre de l’Arc en Ciel ?

Aux enfants, adolescents, ou adultes qui participent à nos formations depuis 30 ans, il est proposé une expérience artistique et humaine, rien de plus et rien de moins. Les stages organisés pour les mineurs sont toujours déclarés et régulièrement contrôlés par les services d’état compétents et à notre connaissance aucune plainte n’a été formulée depuis toutes ces années, bien au contraire.

 

 

EN CONCLUSION

La récurrence des rumeurs nous interroge. Quel est vraiment le problème ? Notre choix de vie commune ? Nos convictions ? Quelles peurs agitons-nous ?

Il faut qu’elles soient bien grandes pour déclencher cette annulation quasi illégale et dénuée de raisons objectives pour ne pas dire occultes. Nous ne nions pas les erreurs de notre histoire mais récusons les amalgames faits avec tant de facilité.

Notez bien que notre travail n’est pas remis en question et que ceux qui l’apprécient sont infiniment plus nombreux que les quelques uns qui le dénigrent, nous espérons donc pouvoir le continuer. 

 

 

P.S : Dixit Monsieur de Beaumarchais... il semblerait que cela ne soit pas nouveau !

La calomnie, Monsieur ! ….D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement…. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine; puis tout à coup,on ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

Le Barbier de Séville - Acte II scène 8